Michel Vaillant Présentation - Marc Bourgne

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Dans les années 90, j’ai lu dans un magazine une interview de Philippe Graton, fils du créateur de Michel Vaillant, Jean Graton. Philippe, qui était depuis peu scénariste de Michel Vaillant et avait pris en main la gestion de Graton éditeur, annonçait dans cette interview qu’il cherchait un dessinateur pour relancer Julie Wood, une série de son père dont l’héroïne était une motarde blonde. J’ai aussitôt dessiné deux études et les lui ai envoyées (vous pouvez les voir dans les bonus de ce site, dans la rubrique reprises). Dans les mois qui ont suivi, nous avons échangé coups de téléphone et courriers, mais faute de temps, Philippe n’a pu donner suite au projet Julie Wood.
En 2011, Philippe Graton, qui venait de confier Michel Vaillant aux éditions Dupuis, a décidé de relancer la série avec une saison 2 confiée non plus au Studio Graton (qui n’existait plus) mais à des auteurs à part entière. Il a posé les bases de cette reprise, faisant la liste des thématiques et celle des évènements à venir dans les nouvelles aventures du « clan » Vaillant. Pour développer ces idées, il a choisi le scénariste belge Denis Lapière, qui présentait l’avantage, en plus de son grand talent, d’avoir l’expérience de la course automobile (il avait été pilote dans sa jeunesse et Mauro Caldi, une de ses premières séries, se déroulait dans ce milieu).
Le dessinateur chargé des voitures et des décors fut rapidement trouvé : Benjamin Benéteau avait travaillé sur les Dossiers Michel Vaillant et avait déjà collaboré avec Denis sur la série Alter Ego. Il ne manquait plus que le dessinateur des personnages. C’est en s’interrogeant à ce sujet avec le directeur de collection José-Louis Bocquet que Philippe s’est souvenu des essais que j’avais réalisés pour Julie Wood près de vingt ans auparavant. Et José-Louis m’a appelé.
Michel Vaillant est une série que je lis depuis mon enfance et que j’ai toujours adorée. Je possède le 33 tours du Pilote sans visage et la seule figurine Leblon-Delienne que j’ai jamais achetée est celle du héros de Jean Graton. Tout naturellement, j’ai tout de suite accepté le challenge que me proposait José-Louis. D’autant plus que Philippe n’attendait pas de moi que j’imite le style de son père mais que je m’approprie les personnages pour les dessiner à ma façon, comme je l’avais fait pour Barbe-Rouge.
Quelques semaines plus tard, à Bruxelles, je faisais la connaissance de Jean Graton. Celui-ci a étudié mes études de personnages et les a approuvées. Il m’a donné sa bénédiction, ce qui était primordial pour moi : je pouvais désormais oser m’inscrire dans l’histoire de Michel Vaillant, un des plus grands mythes de la BD franco-belge.
Pour conclure, je citerai Jean Graton lui-même, interviewé en décembre 2014 par Le Vif (édition belge de L'express): "J'ai dit aux repreneurs de Michel Vaillant: « Allez-y, osez, surprenez-moi! Faites des choses que je n'ai pas osé faire. » Je voulais que Michel Vaillant continue à vivre et évolue avec son temps. Aujourd'hui, je ne participe plus du tout à l'écriture des scénarios. Je fais confiance à mon fils et à Denis Lapière et je suis heureux de découvrir les albums comme un simple lecteur."
Ci-contre, une vidéo qui vous permettra d'en savoir plus sur la fabrication d'un Michel Vaillant :

Malheureusement, toutes les histoires ont une fin, et au terme des six premiers tomes de la Nouvelle saison de Michel Vaillant, il m'est devenu impossible de continuer à travailler avec Graton éditeur.
Principale raison de cette impossibilité : la méthode de travail de Graton éditeur, facteur d'un stress permanent. Scénario en perpétuel évolution, aller-retours permanents, validations (jamais définitives) à chaque étape du travail, bricolages jusqu'à la dernière minute (et donc risque accru d'erreurs)... Je ne supportais plus l'énervement généralisé provoqué à chaque fin d'album par cette façon de procéder et éprouvais de moins en moins de plaisir à dessiner Michel Vaillant. Il me paraissait indispensable de mettre en place une organisation rationnelle du travail, seule façon de coordonner intelligemment les très (trop) nombreuses personnes impliquées dans le processus de création d'un album : deux éditeurs, deux scénaristes, deux dessinateurs, deux coloristes, une directrice artistique, un directeur du développement de la marque Michel Vaillant... Mais Graton éditeur a refusé de mettre en place cette  méthode que j'appelais de mes vœux.
J'ai toujours regretté également l'attitude de Graton éditeur envers l'univers de la bande dessinée. L'image de Michel Vaillant est désastreuse auprès des libraires comme des lecteurs: la série est vue comme ringarde, n'ayant pas évolué voire n'existant plus. C'est dû au fait que la promotion de Michel Vaillant est principalement orientée vers le milieu automobile et quasi-inexistante dans le milieu de la BD. Or, ce n'est pas de la vente de voitures de luxe, de pneus ou d'huile de moteur que les auteurs de Michel Vaillant tirent leur subsistance, mais de celle de livres.
Autre raison expliquant mon départ : un événement survenu à l'été 2016 qui a détruit la confiance que je pouvais avoir en Graton éditeur, d'autant qu'il était symptomatique d'une attitude générale de mon employeur depuis le début de notre collaboration...

Enfin goutte d'eau qui a fait déborder le vase, un voyage de repérage à Macao, pour le tome 7 de la série, auquel ont été conviés tous les auteurs sauf moi. Un voyage dont personne, chez Graton éditeur, ne m'avait informé.
J'ai donc décidé en novembre 2017 d'annoncer mon désir d'arrêter de dessiner Michel Vaillant, non pas immédiatement, mais au terme du  tome 7 à venir, afin que cet album puisse sortir dans les délais prévus et afin de laisser à Graton éditeur et à Dupuis le temps de me trouver un successeur. Je me suis toujours très bien entendu avec Denis Lapière, Benjamin Benéteau et Christian Lerolle, de talentueux artistes et de vrais professionnels avec qui j'ai beaucoup aimé travailler. Et je n'ai toujours eu qu'à me réjouir d'avoir intégré la prestigieuse maison Dupuis et d'y avoir côtoyé les éditeurs José-Louis Bocquet et Elsa Sztulcman. Il était donc hors de question que je mette toutes ces personnes, qui avaient ma confiance, dans la difficulté en abandonnant brusquement le navire. Mais Graton éditeur a préféré faire, seul, le choix de mettre fin sans attendre à notre collaboration.
 
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